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Mon parcours

2002–2012

Groupe Scolaire Boukmakh

Jamal Moumni avec ses élèves au Groupe Scolaire Boukmakh

Premières années d’enseignement

Apprendre le métier en découvrant le lieu

De l’arrivée à Anighd au départ pour Ighanimin, ces dix années ont commencé par une succession de découvertes : une route inconnue, une classe commune que la formation n’avait pas prévue, une vie à organiser autour de l’école, puis un autre équilibre à trouver entre le métier, la famille et la montagne.

01

2002 · Annexe Anighd

Une première affectation vers l’inconnu

Comme pour beaucoup de nouveaux enseignants, ma première affectation était un départ vers l’inconnu. J’avais une préoccupation très concrète : travailler dans une région qui ne souffrait pas du manque d’eau. Une première nouvelle me rassura. Plusieurs amis avec lesquels j’avais partagé les deux années de formation furent affectés, comme moi, au Groupe Scolaire Boukmakh.

La répartition entre les unités scolaires nous conduisit cependant dans des directions différentes. Je fus affecté à Anighd, la deuxième annexe la plus éloignée du groupe, pour prendre en charge une classe réunissant les deux premiers niveaux du primaire.

Au siège du groupe, le directeur m’indiqua simplement que je devais rejoindre le douar et commencer mon travail. Je ne connaissais ni Anighd ni le chemin qui y conduisait, je ne parlais pas amazigh et je ne disposais d’aucun moyen de transport.

Une solution existait pourtant : accompagner le transporteur auquel j’avais confié mes affaires jusqu’au souk de Taliouine, puis repartir avec lui par la route de Tikhfar. Mais il ne devait quitter le marché que tard dans la journée. À ce moment-là, attendre ne me semblait pas être une option. Je pensais surtout qu’un nouvel enseignant devait rejoindre son poste sans tarder.

En suivant les indications d’enseignants qui avaient travaillé auparavant à Anighd, je partis donc à pied. Onze kilomètres me séparaient encore d’un endroit que je ne savais situer que par les repères que l’on m’avait donnés.

À mon arrivée, je découvris un douar entouré d’arbres et de végétation. Cette présence inattendue de verdure fut ma première bonne impression d’Anighd.

L’annexe d’Anighd dans son environnement montagneux
Anighd, entre les montagnes et la végétation du douar.
Vue satellite du douar et de l’école d’Anighd
Le douar et l’école d’Anighd vus depuis le relief environnant.
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La classe et le quotidien

Un métier différent de celui imaginé

L’école ne comptait que deux salles : l’une construite en dur et l’autre en préfabriqué. Un petit logement destiné aux enseignants était accolé à la première, mais il était déjà occupé par un collègue et son épouse. J’avais désormais un lieu de travail, mais aucun endroit où habiter.

La salle en préfabriqué était celle dans laquelle je devais enseigner. En attendant une autre solution, elle devint aussi l’endroit où je passais la nuit. Mes bagages et ma literie n’arrivèrent que plus tard avec le transporteur, après son passage par le souk de Taliouine et la route de Tikhfar.

L’arrivée des élèves m’apporta une autre découverte. Durant mes deux années de formation, j’avais acquis des connaissances pédagogiques et didactiques, mais la gestion d’une classe commune n’avait jamais été abordée. Devant moi se trouvaient des élèves de première et de deuxième année réunis dans la même salle.

Il fallait enseigner aux uns sans délaisser les autres, répartir le temps et organiser des activités différentes dans un même espace. Je possédais un diplôme, mais je ne disposais pas encore des réponses adaptées à cette classe précise. Je commençai donc par observer, essayer et ajuster progressivement ma manière de travailler.

Jamal Moumni entouré de ses élèves dans la classe d’Anighd
Avec les élèves d’Anighd, dans la salle devenue peu à peu un véritable lieu de vie scolaire.
Les habitations du douar d’Anighd au pied de la montagne
Le douar d’Anighd et son environnement montagneux.
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Trouver sa place

Apprendre à habiter le lieu

Les habitants du douar apprirent que l’enseignant de leurs enfants dormait dans sa classe. Ils refusèrent que cette situation se prolonge et proposèrent d’aménager une pièce située près de l’école afin qu’elle devienne habitable.

Lorsque le local fut prêt, je pus pour la première fois quitter la salle à la fin de la journée sans devoir y passer la nuit. Ce logement était simple, mais il établissait enfin une séparation entre l’endroit où j’enseignais et celui où je vivais.

Au fil des mois, une vie s’organisa autour de l’école. Chaque soir, les habitants faisaient fonctionner pendant trois heures un groupe électrogène alimenté au diesel. Il fallait régler ses activités sur ce temps limité, mais, dans un lieu aussi isolé et à cette époque, ces quelques heures d’électricité représentaient déjà beaucoup.

Je m’habituai à la classe, m’attachai à mes élèves et appris à connaître les habitants. Le calme de la montagne, qui m’avait d’abord entouré comme un silence étranger, devint progressivement une source de tranquillité. Je construisis mes habitudes et mon propre rythme entre l’école, le logement et le douar.

Je vivais seul dans la pièce aménagée par les habitants. L’autre enseignant de l’annexe était marié et partageait son quotidien avec son épouse. Anighd m’était devenue familière, même si la vie en dehors de la classe restait largement solitaire.

Jamal Moumni dans la pièce aménagée près de l’école d’Anighd
Dans la pièce aménagée par les habitants, devenue mon premier logement à Anighd.
Jamal Moumni dans le paysage montagneux d’Anighd
Avec le temps, le paysage de la montagne devint un cadre familier.
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2004 · Changer sans vraiment partir

Une décision dictée par la distance

Une difficulté demeurait : l’absence de transport. Pour rejoindre une route desservie chaque fois que je voulais rendre visite à ma famille, je devais parcourir plus de dix-huit kilomètres par la route de Tikhfar.

Cette contrainte prit une autre importance lorsque ma mère fut atteinte d’un cancer du sein. Étant le seul soutien matériel de ma famille, je devais pouvoir rentrer plus facilement auprès des miens. Quitter Anighd ne répondait donc pas au désir de chercher une école plus confortable. C’était une décision imposée par ce qui se passait loin de l’école, mais qui ne pouvait plus être séparé de ma vie d’enseignant.

Le départ fut difficile. J’abandonnais un lieu auquel je m’étais adapté, des élèves auxquels je m’étais attaché et des habitants dont je gardais la générosité et le respect. Je rejoignis Ighanimin, une autre annexe du même groupe scolaire.

Itinéraire montagneux de plus de dix-huit kilomètres depuis Anighd
La distance à parcourir pour rejoindre une route desservie depuis Anighd.
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2004–2012 · Annexe Ighanimin

Retrouver des visages connus

À Ighanimin, je retrouvai des collègues dont la répartition entre les unités scolaires nous avait séparés au début de notre carrière. Le nouveau lieu restait à découvrir, mais cette fois quelques visages m’étaient déjà familiers.

Un logement de fonction était disponible dès mon arrivée. Je n’avais donc pas à recommencer par dormir dans la classe. Le soir apporta cependant une première différence : le bruit du groupe électrogène d’Anighd ne vint pas. À Ighanimin, les habitants dépendaient principalement de l’énergie solaire.

Le paysage et le climat avaient changé eux aussi. J’avais quitté le passage relativement doux entre les montagnes d’Anighd pour une annexe située sur le versant du plus haut sommet de l’Anti-Atlas. Les hivers y étaient très froids, puis la chaleur devenait intense au printemps et au début de l’été.

Je poursuivis d’abord l’enseignement des première et deuxième années. Par la suite, je pris en charge les troisième, quatrième et cinquième niveaux en arabe. Après avoir appris à gérer une classe commune au début de ma carrière, je découvrais désormais d’autres âges, d’autres programmes et de nouvelles manières d’organiser les apprentissages.

Jamal Moumni devant le logement de fonction à Ighanimin
Devant le logement de fonction disponible à Ighanimin.
Jamal Moumni vêtu pour le froid hivernal à Ighanimin
Les hivers d’Ighanimin imposaient un tout autre rapport au climat.
Vue satellite de l’annexe scolaire d’Ighanimin
L’unité scolaire d’Ighanimin dans son environnement.